Rapport d’introduction de la CE de la Fapt 05 – Mars 2017

Cette CE a notamment été l’occasion d’échanger sur les évolutions du métier de facteur mais aussi de commencer à préparer le congrès de l’Union Départementale qui débutera le 5 avril prochain. Nous vous partageons donc le rapport d’intro de Philippe Assaiante qui a permis d’ouvrir les débats :

Nous sommes à un mois du premier tour des élections présidentielles. C’est un spectacle de marionnettes qui nous est proposé depuis des semaines. Les médias s’embrasent sur de l’actualité « people » qui met au second plan les questions de fond. Très peu d’explication ni même d’information sur les programmes ; des constats et des effets d’annonces sans aucune consistance nous laissent trop souvent un goût amer.

La première rencontre télévisée des cinq candidats donnés en tête la semaine dernière fût un véritable show. 1 minute 30 pour répondre à des questions essentielles sur la sécurité, l’emploi ou les services publics… Ce mode de débat favorise évidemment les annonces fortes de certains partis qui dans un élan continu de démagogie ou de protectionnisme, stigmatisent des catégories socio-professionnelles, des services publics, des populations, des pays.

Très peu remettent en question le gouffre financier du capital dans un pays où les 40 plus grandes entreprises viennent de dégager 75 milliards d’euros de bénéfices et de verser à leurs actionnaires près de 500 milliards en 10 ans, les moyens existent mais ne sont pas répartis comme ils le devraient.

Les profits du CAC 40 ont bondi de 32,6 % à près de 74 milliards d’euros de bénéfice pour 38 entreprises françaises, une année record pour les versements de dividende aux actionnaires ! Les résultats financiers du groupe La Poste sont en forte hausse ; 3,2 milliards de bénéfices pour le groupe Orange et « peanuts » pour les salariés. La question d’une autre répartition des richesses est la question centrale.

Notre responsabilité, en tant que syndicaliste, est à la fois de faire prendre conscience d’une réalité qui n’épargne aucun travailleur dans le monde, et d’œuvrer au rassemblement des salariés, autour de l’exigence d’une autre répartition des richesses produites par le travail. À un mois des élections présidentielles, comment la CGT, organisation syndicale indépendante mais pas neutre, est présente aux côtés des salariés pour débattre, les écouter, avancer ses propositions et co-construire les revendications ? Sommes-nous tous convaincus que le rapport de forces pour gagner sur les revendications est posé quel que soit le nom du futur Président de la République ?

Nous devons alerter, éclairer les salariés de la dangerosité de la division qui ne fait que servir les véritables responsables de la crise qui continuent de s’enrichir de façon insolente. Au contraire, les salariés ont besoin d’être unis, de s’approprier les richesses qu’ils créent.

Les services publics doivent être considérer comme une richesse en dehors de toute notion de rentabilité car chaque habitant, où qu’il soit et quel que soit son statut, a le droit aux soins pour être en bonne santé, a le droit à une éducation pour se libérer, à une justice équitable et accessible pour être tous égaux devant les lois, à des moyens de communications pour ne pas être isolé, à des transports pour se déplacer…

Des années de politiques libérales et d’austérité, on pourrait presque parler de pléonasme, ont convaincu les citoyens qu’il fallait faire des efforts et ils en ont fait, de gré ou de force. Gel des salaires et des pensions, protection sociale en berne, développement et coût des transports dont la copie est à revoir, remise en question du droit des salariés, attaque de plein fouet du droit à la communication, remise en question de l’éducation laïque…

Et comme si ce n’était pas suffisant, certains candidats osent en demander plus en annonçant vouloir dégraisser encore le nombre de salariés fonctionnaires et là les enchères sont ouvertes ! Il faudrait réduire les « coûts » de la santé ou de la protection sociale qui, à en suivre les propositions, n’aura de protection plus que le nom et de social que le souvenir.

Les médias, s’appuyant sur les sondages, ont semble-t-il sauté le 1er tour en pariant sur un jeune poulain outsider qui court de gauche à droite puis de droite à droite, en marche vers une destination que nous percevons nous assez bien à l’image du CICE et du pacte de responsabilité. L’autre candidate, une héritière d’un sale parti qui se la joue populaire et qui racle les restes de tous les horizons avec le seul argument de les avoir compris. Mais qui a-t-elle compris ? Prônant la sortie de la monnaie européenne, la fermeture des frontières et la rigueur dont elle dévoile moins clairement la définition, elle se présente comme la candidate qui sauvera la France.

La CGT se bat au quotidien contre ces candidats politiciens qui s’appuient sur les différences pour encore plus creuser les écarts. Être militant CGT c’est croire et convaincre qu’il existe d’autres choix que ceux qu’ils nous imposent. Nous pouvons travailler pour vivre bien et pas survivre pour encore travailler plus, nous pouvons travailler moins pour travailler plus nombreux.

Côté FAPT, nous sommes convaincus et devons convaincre que les services publics reposent sur trois vertus : l’égalité d’accès et de traitement, la continuité (fonctionnement permanent et sur l’ensemble du territoire) et l’adaptabilité (transformations et mutations des contenus avec le progrès technique et les besoins des usagers).

Les activités postales et de télécommunication sont par nature des activités de réseaux, de services, de contenu et d’industrie. On parle aussi bien de raccordement postal à travers l’adressage ou les PRE (Point de Remise), que de réseau 4G, fibré ou encore de réseau de boutiques (ironiquement, le réseau de bureaux de poste a été rebaptisé « Réseau »). Il en va de même pour les Centres d’appels qui mettent en relation à distance.

Plus le réseau est « serré » et la présence des services de communication est grande et de qualité (sans zone blanche), plus l’égalité, la continuité et l’adaptabilité sont assurées.

Le droit à la communication est garant de l’équilibre des territoires car il permet l’implantation des activités industrielles et de services. Les salariés qui travaillent et vivent en territoires, génèrent à leur tour la nécessité de la présence de services publics et de services de proximité.

A partir des revendications locales, nous constituons nos plate-formes revendicatives fédérales. J’en citerai quelques unes essentielles pour les territoires et les bassins d’emploi : la livraison en J+1 voire en H+, un centre de tri par département, le THD fibré sur tout le territoire jusque chez l’habitant, le pôle financier public, condition sine qua non pour parvenir à doubler le nombre d’emplois industriels d’ici dix ans.

En matière de services publics, très souvent les actions ou les luttes sont « défensives » et emmenées par des mots d’ordre tels que : « Pour la défense de, le maintien de… », « Contre la fermeture de… », « Touche pas à… ». La démarche est plus souvent la préservation de l’existant qui parfois ne répond déjà plus aux besoins, que sur les nécessaires conquêtes innovantes de ce qui répondrait aux besoins.

Passer de la défense des services publics à la conquête de ceux dont nous avons réellement besoin aujourd’hui se fera avec les salariés et à travers leurs revendications. Je prendrai pour exemple, la centrale nucléaire de Nantes dans laquelle La CGT travaille conjointement en territoire avec les syndiqués issus de la fédération de la chimie sur une implantation d’une filière biomasse.

Mais si un tel projet venait à vivre (et il en existe de nombreux), a-t-on chiffré en plus du nombre d’emplois industriels créés, le nombre d’emplois qu’il générerait en matière de besoin de service public : combien d’emploi pour les transports ? Combien dans la communication ? Combien de bureaux de poste ? Combien en matière de santé ? Etc. …

Je pense également aux camarades de la filière aéronautique qui revendiquent la création de 4500 emplois dans le département de Haute Garonne. Combien d’emplois sont induits en matière de services publics ? Combien de bureaux de poste ou combien de tournées sont nécessaires ? Quel réseau fibré ou combien de boutiques ? Finalement combien d’emplois devraient être revendiqués par La CGT FAPT pour ces 4500 emplois industriels ?

Notre rôle ne s’arrête pas seulement à contester dans les différentes entreprises de notre secteur. Il nous faut peser sur un service public de la communication de haut niveau. En interne, dans les entreprises de notre secteur, il nous faut connaître les activités actuelles et celles de demain et donc celles qu’on veut s’approprier publiquement.

« La stratégie que nous avons définie correspond au savoir-faire des postières et postiers : facteurs, guichetiers, conseillers financiers….dans tous nos métiers, ils sont des experts de la relation de proximité. Ils ont l’expérience du service public » fin de citation de Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste dans un article des Échos de vendredi dernier. Philippe Wahl, nous l’avons rencontré le 17 mars. Tel un paon il est venu faire sa roue devant les médias. Il a affiché clairement et sans aucune pudeur ses objectifs, nous y viendront dans le débat sur l’analyse de la journée. Un article a été posté sur notre site et une pétition a été lancée.

Les entreprises subissent des mutations, des filiales naissent…. On trouve STUART, une société de courses urbaines urgentes dont La Poste a acquis 100 % du capital. Cette société repose sur modèle social basé sur le recours à des contributeurs indépendants. Comment, à la CGT Fapt, allons-nous travailler pour créer les solidarités entre les salariés du Groupe La Poste ? Comment travailler les convergences de métiers entre eux ? Le meilleur antidote au repli, n’est-il pas la construction de propositions alternatives ?

Nous gérons les plans sociaux, les uns après les autres, les grandes manœuvres du Monopoly Telecom recommencent… Comment nous mettons-nous en situation d’aller voir les salariés du secteur ? Notre but est de reconstruire les solidarités et de s’en donner les moyens. Nous en avons un bel exemple avec les salariés de GMS qui vont avoir des élections dans quelques mois. Nous, quand je dis nous c’est Alex et Antho, y sont présents. Un article posté sur le site les a interpellés et a déclenché une adhésion.

L’implantation des services publics et d’infrastructures publiques est déterminante dans le choix d’implantation des industries sur le territoire aujourd’hui comme hier, ne serait-ce que pour répondre aux besoins des travailleurs de ces industries et de leur famille. Inversement, on voit clairement les effets de la désindustrialisation sur la viabilité des services publics et dans notre secteur quand on voit le nombre de bureaux de poste qui ferment, on peut aussi regarder la photographie de la désindustrialisation.

Le 11ème congrès de l’Union Confédéral des Retraités s’est déroulé à Bordeaux. Les orientations de l’organisation pour les trois prochaines années y ont été débattues par 500 délégués dont 20 de notre UFR. Je vous invite à aller sur le site internet de l’UCR qui rend compte des travaux au quotidien. Le 30 mars, 9 organisations syndicales et associatives appellent les retraités et les actifs à se mobiliser pour exiger la revalorisation des pensions et l’amélioration des services publics.

L’actualité nous démontre régulièrement nos limites, nos difficultés notamment dans la mise en œuvre de notre démarche revendicative, dans notre rapport aux syndiqués, aux salariés, dans nos moyens de communiquer aux salariés, dans notre présence et notre organisation sur les lieux de travail. C’est un peu ce qui ressort de l’étude de la Dares sur l’engagement des salariés syndiqués en 2013 rendue publique le 07 mars dernier.

11,6 % des salariés âgés de 18 à 65 ans déclarent adhérer à une organisation syndicale, 30,4 % d’entre eux participent régulièrement aux activités de leur syndicat, alors qu’un peu plus de 50 % n’y ont jamais pris part ou très rarement. La plupart des salariés syndiqués adoptent une attitude passive et se définissent comme de «simples adhérents ». Là où des élections ont eu lieu, la participation électorale des syndiqués est presque deux fois plus importante que celle de leurs collègues non syndiqués.

Les syndiqués déclarent plus souvent que les non syndiqués être membres d’associations caritatives, de défense des droits et intérêts communs, de protection de l’environnement ou de partis politiques. Est-ce la réalité à la CGT et dans nos syndicats départementaux ? C’est dans cet objectif de nous organiser sur tous les lieux de travail, de prioriser nos syndiqués, de les réunir et d’en faire de véritables acteurs de l’amélioration de notre rapport aux salariés que la Qualité de Vie Syndicale est au centre de toutes nos réunions.

Elle sera le thème central du congrès de notre UD les 5 et 6 avril. L’enjeu est fort, nous devons sortir de ce congrès avec un renforcement clairement défini de notre CGT sur le département qui passera par du renforcement là où nous sommes implantés, des déploiements et de la syndicalisation là où nous sommes absents, des résultats aux élections professionnelles, de la formation des syndiqués…

Chacun a reçu le dernier Alpes Travail dans lequel ont été mis les documents de débat. Nous serons 12 délégués au congrès et 5 de la CE sortante et encore 2 représentants de LSR. Au total 19 camarades de la FAPT pour une centaine de participants. Je vous propose d’y travailler dans la journée pour définir les ambitions que nous allons y porter.

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