De la nécessité du prosélytisme (IV)

En cette période de course effrénée à la présidentielle, la rubrique libre expression se veut le terrain idéal pour susciter le débat et pourquoi pas éveiller les consciences.

Alain Queyras, militant engagé et passionné, nous livre son analyse sur le monde et nos modèles de société. Une réflexion sur le sens de la vie, l’être humain, l’environnement, le travail et le partage des richesses… Autant de sujets qui devraient être au centre du débat politique et dont nous avons le devoir de nous emparer pour faire vivre la démocratie entre autres choses.

Son récit fleuve sera publié tous les jours pour vous laisser découvrir son analyse au fil des chapitres :


Hier comme aujourd’hui l’oligarchie ne peut exister qu’à travers ses hommes de mains, serviteurs ô combien zélés dont le fond de commerce nourricier est la défense du monde tel qu’il va, de l’ordre établi. Auréolés de chic, instruits et éloquents, ils travaillent à faire croire que cette doctrine capitaliste est absolument irréprochable, incontournable, acceptable, voir pour les plus hardis, amendable sur la marge.

Je pense en particulier aux « experts » hyper-médiatisés comme nos soi-disant philosophes, en réalité simples sténographes de l’ordre établi (BHL, Finkielkraut, Comte Sponville, Ferry… et dans une légère moindre mesure Onfray qui, à mon sens, est un « petit vicieux » qui a offert de très sérieuses garanties à l’oligarchie).

Mais j’y ajoute aussi les « experts économistes » médiatisés, essentiels à la défense de l’économie capitaliste, qui sont en fait de simples agents de propagande. Ils sont une poignée, complètement surmédiatisée, sur les 3 000 ou 4 000 économistes en France qui, d’ailleurs, sont scandalisés voire traumatisés par ces pratiques. Ces « experts » se sont transformés en lobbyistes de leurs employeurs privés.

Bien sûr, il n’en serait rien sans les médias avec lesquels la France est allée bien au-delà, dans sa pratique de mise aux pas, que toutes les autres sociétés dites démocratiques. A la libération, le Conseil National de la Résistance (entre autre à l’origine de la sécurité sociale) avait édicté le principe de l’indépendance de la presse. Il était alors largement composé de vrais hommes de gauche, l’essentiel de l’oligarchie de l’époque, ayant trempé dans la collaboration avec les nazis (Renault fut un des plus célèbre), était peu présente et n’en menait pas large. Chacune à sa façon avait ainsi créé les conditions de son indépendance.

Dans les années 2000, avec une tendance qui s’accélérera sous Sarkozy, ce principe est remis en cause. C’est l’histoire du Monde, de Libé, des Échos, de toute la presse quotidienne nationale et des chaînes de télé, de radio… Sarkozy s’autorisant à nommer le PDG des chaînes et radios publique. On assiste d’abord à une normalisation économique. Les formes de propriété sont balayées, les journaux sont rachetés, croqués par des oligarques.

Après cette normalisation économique suit une normalisation éditoriale et les journaux deviennent des médias sans âme, vidés de leur contenu. Cette double régulation de la presse accompagne d’office la standardisation des « experts » économistes et philosophique utile pour servir au peuple la soupe de la « pensée unique ». L’OPA de l’oligarchie sur le monde académique et économique a fait que la presse n’est plus le lieu du débat pluraliste. C’est la mort du 2ème pouvoir.

En France, la liberté éditoriale reste : le Monde Diplomatique, l’Humanité, le Canard Enchaîne, la Croix, (Marianne, peut-être, dans une certaine mesure ?) Médiapart… Mais les radios et les télés sont nettoyées (« Arrêt sur Images » de Daniel Schneidermann, « Là-bas si j’y suis » de Daniel Mermet sont en autres, édifiantes…), rien à voir, circulez.

Le livre de Paul Nizan, « les chiens de garde » (1932) puis, l’histoire se répétant indéfiniment, l’ouvrage de Serge Halimi, « les nouveaux chiens de garde » accompagné d’un film au même titre, illustrent parfaitement notre presse actuelle.

Il est facile de remarquer comment sont fustigés par les zélés et en toutes occasions les pays comme Cuba, le Venezuela, la Bolivie, la Russie il y a peu… Comment, du jour au lendemain, un dictateur comme Hussein devient subitement l’ennemi N°1, idem pour Kadafi. Cela résonne étrangement avec leur bienveillance face au pays comme l’Arabie, la Chine, le Maroc, Israël ou le traitement réservé à ce cher Ben Ali en Tunisie auquel notre Alliot-Marie proposera tout un arsenal de matériel anti-émeute pour armer sa police contre le réveil du peuple tunisien… Les critères de sélection des bons et méchants sont étranges, changeants, certainement choisis et décidés aussi par la « main invisible ».

Ce triste tableau ne peut être complet sans discourir sur l’essentiel des hommes politiques, à la pointe du service appliqué de la « pensée unique ». Ils représentant les derniers oripeaux d’une démocratie. Ils ont trahi sa promesse la plus élémentaire, celle de son existence.

Dans cet ersatz, ils exhibent une alternance qui n’implique plus d’alternative. Ils gesticulent périodiquement pour cacher leur mutisme, instrumentalisent les peurs, cherchent des ennemis et/ou des boucs émissaires pour tenter de séduire les peuples de plus en plus désabusés car incapable de distinguer, et pour cause, les thèses de l’opposition et les thèses du pouvoir.

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