Un comportement de parasite (II)

En cette période de course effrénée à la présidentielle, la rubrique libre expression se veut le terrain idéal pour susciter le débat et pourquoi pas éveiller les consciences.

Alain Queyras, militant engagé et passionné, nous livre son analyse sur le monde et nos modèles de société. Une réflexion sur le sens de la vie, l’être humain, l’environnement, le travail et le partage des richesses… Autant de sujets qui devraient être au centre du débat politique et dont nous avons le devoir de nous emparer pour faire vivre la démocratie entre autres choses.

Son récit fleuve sera publié tous les jours pour vous laisser découvrir son analyse au fil des chapitres :


La Terre notre hôte.

J’emploie le mot « hôte » car les diverses espèces vivant sur la Terre, dont nous faisons partie, ne sont que de simples et irrémédiables locataires, prisonniers de cet espace avec nul espoir de s’en évader. Notre hôte étant et restant notre seul et unique support.

Il serait d’un extraordinaire absolu que l’organisation de nos sociétés, aux vues des comportements de l’homme avec les siens, soit une organisation qui respecte un tant soit peu notre hôte.

Car en effet, la Terre est elle aussi totalement écrasée par l’organisation de l’activité humaine. La planète est devenue un simple matériau brut dénué de toute valeur et de toute signification. Un vaste réservoir de ressource, de matériaux, d’informations que nos sociétés drainent à leurs seuls profits immédiats et utilisent comme bon leur semble.

Cette pratique est effectuée sans la moindre précaution, elle recrache ses déchets et éructe (ce mot me plaît bien) ses expérimentations dans l’environnement, appauvrissant, empoisonnant, détériorant parfois irréversiblement notre hôte.

En fait, les sociétés occidentales considèrent que la planète leur appartient et cela parce qu’elles ont maîtrisé une infime partie seulement du fonctionnement de l’univers naturel. Quelle arrogance, quelle prétention, « pauvres petits cons » dirait Ferrat !

Ce droit de propriété se réduit, quoiqu’on en dise, au parasitisme. Le parasite est sans morale, sans conscience, il confond l’usage et l’abus, il exerce les droits qu’il se donne, il s’approprie les choses, on peut dire qu’il les vole, les dévore. Aucune valeur à ses yeux, ni l’usage, ni l’échange. Il prend tout, ne redonne rien et par ce fait détruit son hôte.

Je reprends souvent l’image de notre planète parcourue par une multitude grouillant à sa surface, saccageant tout, comme un vol de crickets avide de nature dans les cultures Africaines.

A l’évidence, et il ne peut en être autrement, écologistes et scientifiques tentent de nous en alerter : la situation de notre Terre ne cesse d’empirer. Sa dégradation se développe à une vitesse vertigineuse, voire exponentielle. Climat, forêts, océans, diversité des espèces animales, végétales, marines, pollution multiples et diverses de la terre, de l’eau, de l’air… Pas un seul enfant né dans le monde depuis 20 ans n’a respiré une gorgée d’air pur !

L’humanité et son support sont entrés dans une nouvelle ère géologique. Pour la première fois de l’histoire, une espèce et ses activités sont devenue une force de changement géologique pour le système Terre. Peut-être même, vu la vitesse du changement que nous avons déclenché, d’une ampleur supérieure par rapport aux forces géologiques et astronomiques qui influencent la planète depuis 4,5 Milliards d’années.

Nos sociétés continuant sur cette voie, les réactions de notre hôte ne sont plus de l’ordre de l’hypothèse mais une réalité d’une monstruosité qui permet d’affirmer nettement que l’humanité est en danger. Elle est directement menacée dans son existence, ironie de l’histoire, par les forces géologiques mêmes qu’elle a déclenchées.

Si l’échelle du temps de l’existence de la planète était ramenée à 24 h, l’activité des hommes depuis l’agriculture et la sédentarisation à aujourd’hui, serait seulement de 17 secondes. Dans notre rôle de parasites, nous semblons être particulièrement vifs, voraces et destructeurs. Les crickets font figure de simples rigolos.

Ainsi, l’extinction de l’espèce humaine est à l’ordre du jour. Les plus pessimistes tablent sur deux ou trois générations, les plus optimistes en prévoient quatre. Particulièrement difficile d’imaginer, de concevoir, de conceptualiser individuellement et collectivement cette échéance. Paul Jorion, à travers la seconde partie de son livre, « le dernier qui s’en va éteint la lumière » tente, il me semble, d’en faire émerger les blocages et les limites.

A l’évidence, notre civilisation n’a pas seulement horreur des siens, mais également horreur de son hôte.

La civilisation occidentale, en occultant la morale, en liquidant la question du sens et même celui du bon sens, est et reste tournée vers un obscurantisme dément et terrifiant qui entraîne et précipite l’humanité toute entière dans les temps exclusifs des crises écologiques, sociales et guerrières avant la « solution finale ».

Cette société n’est guidée ni par la culture ni par l’intelligence raisonnée des hommes. Une situation tellement paranoïaque, explosive, que Théodore Monod, certainement exaspéré mais aussi désespéré concluait sa pensée ainsi :

L’homme est un primate. On pouvait espérer qu’il s’hominiserait, qu’il accepterait de sortir de sa barbarie. Eh bien non. Tant pis pour lui ! Ça risque de mal finir.

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *