Une société de barbares (I)

En cette période de course effrénée à la présidentielle, la rubrique libre expression se veut le terrain idéal pour susciter le débat et pourquoi pas éveiller les consciences.

Alain Queyras, militant engagé et passionné, nous livre son analyse sur le monde et nos modèles de société. Une réflexion sur le sens de la vie, l’être humain, l’environnement, le travail et le partage des richesses… Autant de sujets qui devraient être au centre du débat politique et dont nous avons le devoir de nous emparer pour faire vivre la démocratie entre autres choses.

Son récit fleuve sera publié tous les jours pour vous laisser découvrir son analyse au fil des chapitres :


Si l’on considère que l’on est éphémère, que chacun est unique, que le soleil nous réchauffe tous de la même chaleur, il paraît être de bon sens que de penser que chacun à toute sa place dans la société, qui qu’il soit.

Je pense profondément que tous les êtres sont égaux, c’est ma boussole. Je rajoute à cela que s’ils sont égaux, ils sont différents, ma formule est : « égaux dans la différence ». Il m’est important de les distinguer sans les hiérarchiser.

A ces considérations, je complète en disant que la question du droit n’est pas le problème essentiel (nombre de constitution proclame cette égalité), je le soupçonne d’hypocrisie et le trouve déculpabilisant. Le vrai problème à mes yeux étant et restant le « vivre ensemble » dans le respect et l’harmonie de tous qui ne répond pas d’un droit, mais à une éducation, une morale, une culture de simple bon sens.

Si l’on considère que le sens d’une vie est la recherche de son épanouissement personnel, on a assurément constaté que l’on ne peut pas être véritablement heureux seul, sans les autres, sans le bonheur des autres, sans le regard bienveillant des autres. J’irai même jusqu’à dire que sans les autres, on n’est rien, et que pour aller un peu plus loin, sans empathie, sans compassion, on reste un vulgaire primate.

Je rajouterai que la mort, notre mort, appelle une profonde méditation sur la destinée humaine. Elle devrait nous rendre quelque peu humble devant notre dimension, notre éphémèrité, ce qui devrait éclairer notre morale et nos actes.

Je compare souvent la vie à un jardin, qui pour être beau demande l’épanouissement de toutes ses fleurs, donc un soin permanent, une attention de chaque instant pour chacune d’elle et pour leur support la terre.

Ce simple bon sens humain, humaniste n’est pas cultivé ni nourri. Bien au contraire, il est galvaudé, méprisé et naturellement, la bêtise, la chose la mieux partagée au monde dit-on, reste prégnante partout.

Le résultat en est éloquent. 1% de la population mondiale possèdent autant que les 99% composant l’humanité. Leurs possessions ne cessent de grandir chaque jour d’avantage et à une vitesse exponentielle. Il y a seulement 5 ans, ils étaient 388 à posséder autant que 3,6 milliards de personnes, aujourd’hui ils sont seulement 62.

Depuis le début de ce siècle, la moitié la plus pauvre de l’humanité a bénéficié de moins de 1% de l’augmentation totale des richesses mondiales, alors que les 1 % les plus riches se sont partagé la moitié de cette hausse. Effarant.

Ainsi l’organisation de nos sociétés permet le fonctionnement d’une véritable pompe aspirant des richesses. Des richesses créées par tous, au seul profit d’une minorité : l’oligarchie. En France, les 40 entreprises du CAC 40 ont réalisé, en 2016, un bénéfice net de 75,8 Milliards, en progression de 32,6 %. Sans augmentation du chiffre d’affaire ! Cherchez l’erreur.

Ainsi, l’organisation de nos sociétés a des fondements d’où sont exclues les plus belles valeurs morales humaines. Elle permet notamment de toujours plus piller et de précipiter, avec une violence et un cynisme inouï, des milliards d’êtres humains hors de la plus élémentaire décence.

Des hommes restent condamnés sans le moindre espoir d’une quelconque avancée. Mêmes les plus élémentaires, les plus primaires et les plus essentielles à leur quotidien tel que manger, boire, avoir un habitat, se soigner, auxquelles aspire à minima chaque être humain.

Ces êtres aux vies ravagées sont écrasés par cette organisation, ils restent broyés, décimés par la faim et la soif, la maladie, quand ce n’est pas par les guerres. Et à l’intérieur de nos sociétés, par le chômage et la pauvreté en augmentation constante (14% aujourd’hui en France). 1 enfant sur 5 vit sous le seuil de pauvreté dans le cinquième pays le plus riche du monde !

Ces hommes ne sont même plus utilisables et corvéables, ils ne sont plus quelqu’un, ils « sont morts avant d’être mort ». Ce droit de vie et de mort que se sont octroyées nos sociétés occidentales se réduit sans grand conteste à la bestialité.

La bestialité qui exerce les droits qu’elle se donne. Elle décide seule de nouvelles valeurs morales, les applique et par ce fait, détruit son semblable sans remord. Aucune valeur à ses yeux, ni la vie, ni la mort. La bestialité est dépourvue de conscience, de morale et d’empathie.

La violence de nos sociétés est prodigieuse, inouïe, indécente, incompréhensible. On est bien loin des droits de l’Homme, du respect dû à la dignité de chaque être humain. Y-a-t-il une différence fondamentale avec le féodalisme moyenâgeux de notre histoire ? Cela a-t-il un moindre sens, un moindre bon sens ?

Personne dans le monde occidental, à part peut-être l’idiot du village, ne peut ignorer cela : cette société à horreur des siens, a horreur des fragiles, a horreur des différends. Cette tare, que l’on pourrait penser congénitale, est une constance effroyable dans l’histoire des hommes, à de rares exceptions près.

Pour résumer, je pense profondément que la société occidentale, US en tête, reste une civilisation de barbares qui a appris à se farder d’avantage pour masquer une réalité faites de violence, d’inégalité, d’oppression et de crimes, résonnant aisément avec le féodalisme d’antan.

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