Rapport d’introduction de la CE de la Fapt 05 – Novembre 2017

A travers une liste de questions existentielles, susceptibles de te traverser la vie de chaque syndiqué, chaque militant, Philippe Assaiante ouvre le débat de cette commission exécutive de novembre :


J’ai réfléchi des heures, des jours et mêmes des semaines afin de trouver  une inspiration à ce rapport d’introduction.

En fait, plus j’y réfléchis et plus je me dis que ce n’est pas le rapport d’introduction qui bloque mais la raison même de mon existence de syndicaliste. Suis-je le seul à me poser des tonnes de questions auxquelles je ne trouve pas toutes les réponses ? Alors je vais partager avec vous certaines de mes questions en y répondant en partie avec une pointe d’ironie parfois provocatrice.

  • A quoi servons nous ?
  • Sommes-nous encore utiles et à qui ?
  • Sommes-nous audibles ?
  • Nos combats sont-ils légitimes ?
  • D’ailleurs quels sont nos combats et pour qui combattons-nous et dans quel but ?
  • Sommes-nous si peu à défendre la notion d’épanouissement au travail ?
  • Sommes-nous les seuls à prétendre que l’égalité doit être la norme et que tout ce qui n’est pas égalité est illégalité ?
  • Pourquoi avons-nous l’impression d’être trop peu à revendiquer que les richesses créées doivent être mieux réparties alors que nous devrions tous l’exiger cette répartition des richesses?
  • Pourquoi ai-je l’impression d’être à contre-courant quand  je dis que l’humain doit être au centre de toute organisation, qu’elle soit politique, associative ou de travail ?
  • Nous sommes pour l’égalité mais comment nous-y prenons-nous dans une société qui cultive la différence de l’Autre et les inégalités ?
  • Que mettons-nous derrière cette notion d’égalité ?

Y-mettons-nous seulement, comme le voudrait la tendance, la notion d’égalité femme/homme ? Aujourd’hui, des entreprises, par obligation, négocient des accords sur le sujet afin d’avoir une certification d’exemplarité alors qu’elles ne sont même pas capables de niveler les écarts de salaires ou de carrière entre les femmes et les hommes ! Quelle belle hypocrisie ! Ah oui il y a aussi un grand débat sur l’écriture inclusive qui semble régler toute la question d’égalité femme/homme. Léa a-t-elle mis sa jupe ?

Parlons-nous d’égalité devant la loi alors que lorsqu’un salarié mange une banane dans la réserve du supermarché dans lequel il travaille il est sanctionné et semble plus criminel qu’un politicien ou un entrepreneur qui détourne des millions d’euros ?! Cette histoire de banane a fait le buzz mais combien de salariés sont virés pour avoir « manger une banane » aujourd’hui ? Et combien le seront lorsque les facilités de licenciement seront effectives avec la mise en application des ordonnances de Macron ?

Aujourd’hui mon employeur est capable de savoir combien va lui couter mon licenciement sans cause réelle et sérieuse avant même d’entamer la procédure. En gros, un licenciement abusif qui était condamné est aujourd’hui  légalisé et chiffré. Chaque salarié se retrouve comme un morceau de viande sur l’étal d’un boucher avec le prix au kilo affiché.  Il y a 100 ans les soldats Français étaient de la chair à canon, aujourd’hui les salariés Français sont de la chair fraiche, ou pas fraiche finalement vu l’âge de départ à la retraite qui recule, servie aux riches exploitants.

En gros, la précarité ne suffisant plus à ces exploitants (au sens pas noble du terme), ils y ajoutent maintenant de la vulnérabilité. Vulnérabilité parce que si je l’ouvre je serai viré comme une merde et ce sera la descente aux enfers ; j’ai 46 ans, plus de boulot, plus de salaire, plus possible de payer mon loyer, que vais-je dire à ma famille, et puis tous ces chômeurs…

Il parait qu’il y a une légère baisse du nombre de chômeurs alors je suis allé voir les chiffres de pôle emploi qui confirment cette très légère baisse de 0,5% sur un an sur la catégorie A c’est-à-dire ceux qui n’ont pas travaillé du tout, les vrais chômeurs tu sais ceux qui ne veulent pas travailler, mais t’inquiète pas on va renforcer les contrôles  aux paliers des entreprises comme on renforce celui aux frontières. Par contre la catégorie B et C est en nette augmentation. Ces 2 catégories sont les demandeurs d’emplois qui ont eu une activité salariée partielle.

La catégorie D qui recense les personnes en formation, accuse au contraire une inquiétante baisse de 7.4% sur trois mois et 16.4% sur un an avec l’arrêt du plan « 500.000 ».

Les dangers qui pèsent sur l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), le risque d’en diminuer le périmètre et d’y supprimer des milliers d’emplois n’aideront pas les demandeurs d’emploi à accéder à des formations réellement qualifiantes. L’accent mis sur le développement des organismes privés de formation augmentera inéluctablement les prises de bénéfices par ces organismes sur le dos des chômeurs.

Alors comme je ne veux pas entrer dans une catégorie A, B, C ou D je ferme ma gueule et j’encaisse, et puis on me fait bien voir qu’ailleurs c’est pire et que le Français a l’habitude de se plaindre, c’est presque culturel. Finalement, c’est vrai, quand j’arrête de réfléchir, de quoi puis-je me plaindre ?

A ce moment-là pour continuer mon intro je devrais prendre l’accent un peu cagole / condescendant  alors je vais essayer :

«  J’ai du taf, un salaire, une participation, un intéressement, des primes, une complémentaire santé payée en partie par mon employeur. Il est cool mon employeur, il nous fournit même notre tenue de travail. Nous sommes tous beaux tout de blanc vêtus, ou presque parce que l’autre qui travaille avec nous depuis quelques mois et dont  je ne connais pas le prénom, il est un peu gros et du coup le blanc ça ne l’arrange pas. Heureusement qu’il n’est pas noir en plus ! mdrrrr…

Bon heureusement qu’il y a la déléguée du personnel, je ne sais plus de quel parti politique elle est, toujours est-il qu’elle a demandé au patron la permission pour ce collègue un peu gros et dont je ne me souviens toujours pas le prénom, de porter des vêtements personnels qui le boudineraient un peu moins dans le respect du dress-code.  Le dress-code tu sais ce que c’est ? Putain t’es nul, c’est le code vestimentaire pour travailler en boutique Orange. On doit porter un bas foncé et une chemise blanche l’été et noire l’hiver.

Dans les smart-store, tu sais ce que c’est les smart-store, c’est les grandes boutiques Orange, c’est trop la classe, ils ont droit à une tenue complète, ils ont trop de la chance. Là aussi, la déléguée de ce parti a négocié que les vendeurs soient habillés en Zara, ils ont trop de la chance. Je connais un chef de smart store qui m’a même dit qu’en finissant à 21H30 le samedi soir, les vendeurs pouvaient sortir directement avec la tenue payée par la boite. Tu imagines comme c’est cool ?

Bon le problème c’est que dans ces grandes boutiques, les smart-store, c’est un peu sportif car les vendeurs se déplacent toute la journée en fonction des espaces de vente qui intéressent les clients, et  parfois c’est sur 2 étages et 400 à 500 m2, du coup si tu transpires faut prévoir un rechange pour le soir car quand tu finis à 21h30 t’as pas le temps de passer chez toi avant de rejoindre tes potes au resto.

Ils devraient demander à la déléguée du parti CFDT ou FO je ne sais plus, de leur faire avoir du déo, je suis sûr que le directeur serait d’accord tellement il est sympathique, il rigole même avec nous de nos blagues sexistes.  Bon en même temps, si on en revient aux sorties du samedi soir avec la tenue Zara et l’auréole sous les aisselles, ce n’est pas tout le monde qui sort après le boulot car il y en a qui sont morts de fatigue, surtout les anciens de plus de 40 ans. En même temps, quand tu n’y arrives plus il faut changer de boulot non ? Ce n’est quand même pas le boulot qui va s’adapter à toi non ? Tu ne réponds pas, t’es pas d’accord ? »

Des anecdotes comme ça je peux vous en servir à la pelle sans oublier les propos sexistes, homophobes ou racistes entre collègues de travail qui ont arrêté de réfléchir parce que leurs exploitants ont tout calculé pour qu’ils ne réfléchissent plus. Même dans le vocabulaire on retrouve cet esprit. Je suis ton chef mais viens, on collabore !

Peut-être devrions-nous être fiers de notre égalité d’accès aux soins. Il suffit d’oublier la situation des hôpitaux qui deviennent des entreprises à but lucratif au détriment de la qualité des soins et même de l’impossibilité d’accéder aux soins parce que beaucoup y renoncent pour des raisons financières ou tout simplement parce qu’il n’y a pas de médecin et que les délais sont très longs. Alors quand tu habites un département rural  vaut mieux être en bonne santé. Mais bon l’air y est meilleur donc pas besoin de soin, non ?

Pouvons-nous parler de l’égalité d’accès à l’éducation au moment quand le gouvernement entreprend de réformer l’accès aux études supérieures par la sélection pour faire face à un manque de moyens plutôt que de chercher à développer les moyens mêmes.  Est-ce qu’une classe de 35 élèves au lycée est acceptable ? Faut croire que oui puisque les parents ne sont pas choqués sinon on le saurait.

L’égalité d’accès à l’information pourrait être une évidence à l’ère du numérique et pourtant elle reste une égalité de surface dans la mesure où l’accès aux outils numériques crée une fracture et que la grande majorité des médias reste la propriété de riches industriels qui déversent leurs propagandes. Peut-on parler d’égalité d’accès à l’information lorsque 90% de l’info est orientée ? Dans le domaine de la communication, nous revendiquons un service public de la communication justement pour effacer ces inégalités d’accès ou ce contrôle orienté des médias.

Nous pourrions aussi parler d’égalité de salaire pour un travail similaire au moment où le gouvernement valide que le salaire de référence des travailleurs détachés doit être celui du pays d’accueil afin de régler le dumping social mais pour autant le même gouvernement ne règle pas la question des cotisations, du temps de travail ou des heures supplémentaires non payées… Et puis c’est quand même énorme de parler d’égalité de salaire quand la loi renvoie les négociations aux niveaux des entreprises non ?

Un sujet qui m’est cher est celui de l’égalité d’accès à la culture au moment où la région décide arbitrairement de retirer toutes les subventions aux associations culturelles locales qui seraient un peu trop émancipatrices. Car oui, la culture alimente le savoir et le savoir est une approche de la liberté. Alors puisque  pour dominer je dois maintenir la classe populaire dans l’ignorance et la peur, je coupe toutes les subventions et je balance du reality show sur TF1, la 2, la 3, la 4, la 6, la 8… Je fais de Nabila l’ambassadrice des jeunes et d’Hanouna l’animateur numéro 1 au moins je suis sûr d’installer une paralysie intellectuelle de bas niveau en faisant croire que philosophie peut s’écrire avec un F car celui qui ne réfléchit plus ne lutte pas et n’espère plus rien.

Je suis contre l’expression « l’égalité des chances » car l’égalité n’est  pas une chance elle est un droit pour chaque être humain sans distinction de sexe, d’origine, de confession religieuse ou d’appartenance politique. L’égalité ne peut être réduite à un tirage au sort qui nous donnera l’accès à l’eau, à la nourriture, à la sécurité, à la santé, à la liberté…. L’égalité c’est être considéré comme un être humain au-delà de l’apparence avec dignité et respect

On peut se poser la question d’égalité à l’échelle internationale, nationale, régionale, départementale et jusqu’à l’échelle des communes, des quartiers, du lieu de travail.  Au-delà de la vision géographique il y a aussi le contexte de la naissance,  c’est  le concept d’être « bien né » selon la situation professionnelle des parents, selon leurs couleurs, leurs pédigrées…

En France, la sécurité sociale reste la plus belle représentation de l’égalité face aux aléas des lendemains et regardons ce que les libéraux veulent en faire. Les bénéficiaires seront-ils mobilisés pour défendre ce bien précieux dont nous sommes propriétaires ? La ministre de la Santé essaie de justifier les 3 milliards d’euros d’économies espérées sur les comptes de l’assurance-maladie en affirmant que «30% des dépenses ne seraient pas pertinentes»,  elle entend également faire la chasse aux fraudeurs de la sécu, en décelant les «vrais» des «faux» malades pour réduire le montant des indemnités journalières.

La Sécurité sociale ne souffre pas de trop de dépenses mais de trop peu de recettes, ce sont la baisse des cotisations sociales et les cadeaux au patronat qui créent un déficit artificiel. Parmi les mesures phares, il y a le développement de l’hospitalisation ambulatoire qui d’ici 2022 devra concerner 7 patients sur 10. Les hôpitaux seront payés au forfait et tous les excès seront à leur charge.

.La CGT a, elle, des propositions très concrètes et crédibles pour améliorer la réponse aux besoins des populations, c’est le sens de sa campagne sur la reconquête de la Sécurité Sociale.

L’égalité est un fondement dans nos sociétés, elle est même un point de départ car nous naissons égaux en droit il parait. Universellement, l’égalité est un droit commun que nous devrions tous défendre et pourtant l’actualité  quotidienne est une insulte à ce fondement. Les  migrants ne connaissent pas d’égalité, les femmes sont encore trop victimes d’inégalités, les droits des salariés seront adaptés à leurs entreprises, les pauvres resteront pauvres et seront de plus en plus nombreux alors que les riches seront de plus en plus riches ….

Grâce au remplacement de l’ISF par « l’impôt sur la fortune immobilière » (IFI), les riches vont économiser 3,2 milliards d’impôts. L’instauration d’un « prélèvement forfaitaire unique » (PFU) sur les revenus du capital conduirait aussi à une baisse de 1,3 miliards de l’impôt sur les revenus du capital. Ce sont aussi les plus riches qui profitent le plus de cet impôt au taux unique (« flat tax »).

Selon le gouvernement, ces cadeaux aux plus riches viseraient à promouvoir « l’économie réelle ». Ils nous prennent pour des gros cons car cette supposition est purement idéologique. Rien ne prouve que ces cadeaux se transformeront en investissement. Les faits démontrent le contraire.

Alors une fois que ce constat est posé que faisons-nous ? Est-ce que le mot  Égalité est voué à se vider de son sens ?

Déjà on peut se dire que seule notre CGT défend  l’égalité à tous les niveaux et comme vous le voyez la tâche est rude. Chaque jour une nouvelle cause alimente nos luttes, les militants s’épuisent mais restent convaincus, comme le décrivait Louis Viannet , qu’un mouvement social est «  un tremplin dont personne ne peut sous-estimer l’impact ni prévoir l’onde de choc qu’il peut générer ». Alors faisons en sorte que naisse ce mouvement social et pour cela nous devons être présents sur les services, dans les associations, les organismes et auprès de la population pour aller au débat et rééduquer les esprits à la critique, à l’analyse, à la revendication. Nous devons développer notre ancrage en priorité dans nos services par des réunions de syndiqués puis de salariés pour y apporter une vision CGT qui s’oppose à la pensée quotidienne des patrons.

Face aux attaques patronales et gouvernementales, nous avons donc un enjeu et quand je dis un enjeu en fait c’est le seul enjeu : gagner la prise de conscience et convaincre le plus de syndiqués et de salariés pour gagner la mobilisation de toutes et tous, à partir de leur vécu et en lien avec le projet d’une autre société. Nous devons rendre plus visible et concrètes nos propositions alternatives afin que les militants et les syndiqués s’en emparent. Nous devons être sur tous les sujets d’actualités CSG, APL, logement, protection sociale, services publics… qui sont des questions sociétales et ne pas se limiter qu’aux seules ordonnances de la loi Travail, même si sur cette question nous devons continuer à alerter et mobiliser. Il faut créer le lien entre les enjeux de société et les revendications locales.

Que ce soit pour les élections chez Orange qui ont commencé aujourd’hui et jusqu’à jeudi, où pour nos activités quotidiennes, de nombreux  matériels sont mis à la Lettre Du Jour pour aller au contact des salariés. A ce matériel s’ajoute notre communication locale sur laquelle nous faisons un point régulier chaque mois et en bureau. Au niveau fédéral la pétition «La Poste doit embaucher tous les précaires en CDI » semble très bien accueillie.

C’est la CGT qui est à l’initiative de toutes les luttes. La CGT n’a pas à rougir de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait ! Alors si nous éprouvons certaines frustrations à ne pas parvenir à rejeter la politique de Macron et de ses compagnons, nous devons être fiers d’y faire obstacle et pour ça nous devons poursuivre le débat sur le processus de luttes avec nos syndiqués.

Nous pouvons nous réapproprier, par exemple notre action sur la présence postale en nous appuyant aussi sur les nombreuses luttes qui se déroulent pour le maintien et l’amélioration des bureaux de poste.  Nous avions le projet du micro trottoir en sommeil, comment pouvons-nous le réveiller et en faire un lien cohérent avec tout ce dont je viens de vous parler…

Nous allons aussi prendre part à la campagne  pour les élections dans la fonction publique qui se dérouleront en même temps que les élections à la Poste fin 2018 et pour laquelle Mario viendra nous présenter un plan de travail départemental. Le livret confédéral « Services publics partout et pour tous » est un outil pour aller au débat, mobiliser et faire voter CGT.

Au cours des derniers mois nous avons été force de proposition, d’innovation mais pris dans le tourbillon de nos activités syndicales et autres je regrette sincèrement que nous n’arrivions pas à mener nos actions à leurs termes alors décidons aujourd’hui de notre activité des mois à venir afin de trouver notre raison d’être syndicalistes CGT et fiers de l’être.

Mes camarades, les militants CGT ne sont pas vaincus, rappelons-nous qu’il y a quelques décennies la transformation de la société s’organisait dans des caves clandestines et que quelques années après la CGT comptait plus de 5 millions de syndiqués. La lutte est quotidienne, elle n’est pas armée, elle passe par des actes simples dont nous n’avons pas toujours conscience, elle est en nous, on la transpire par chacun de nos pores. Chaque lutte selon ses moyens, il n’est pas questions d’intensité mais d’endurance et ensemble nous irons encore loin.

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *