Libre Expression : Politique – La honte doit changer de camp

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En général le mois de décembre promet toujours de toucher le fond en terme d’actualité guirlandesque et de scandales médiatiques pathos. Et cette année encore le papa Noël ne m’a pas déçue, il m’a même comblée avec une histoire digne du Gorafi sur une joyeuse députée La République En Marche. Plus si joyeuse que ça d’ailleurs car son salaire n’étant que de 5000 euros par mois, elle se retrouve obligée de ressortir les vieux vêtements de son grenier. Et une fois que toute les pâtes qu’elle se retrouve obligé de bouffer auront fait de l’effet, elle ne rentrera même plus dedans. La pauvre…

Encore une fois, je me dis que certains de nos députés sont précurseurs. Pas en politique, pas socialement, pas idéologiquement mais au moins sur un thème, et en plus un qui tient à cœur à la CGT : le droit à la déconnexion. Les membres de LREM, tellement habitués à vivre dans l’entre-soit qu’ils ne réalisent même plus qu’il y a un monde en dehors des dorures parisiennes et autres séances d’adoration devant le portant de Jupiter.

Mais finalement, nous, « simples français », classes moyennes, ne serions nous pas atteins de la même maladie ? Nous vivons quand même tous dans ce monde où les entreprises n’ont plus aucun complexe à polluer les terres, les rivières, à faire travailler des gosses, à fermer ouvertement des usines pour réduire les coûts et délocaliser, avec toutes les conséquences que ça entraîne. Et comme Lafarge, elles traitent même avec Daesh dans l’indifférence générale

Et nous arrivons encore à jouer les ahuris quand elles se permettent des bricoles telles que l’optimisation ou même l’évasion fiscale… Pourquoi éprouveraient elles des complexes ? Au bout du compte, n’est-ce pas nous aussi qui souffrons d’une vraie pathologie de la déconnexion ?

Avec les médias comme gentils pharmaciens pour ouater délicatement toutes les réalités économiques et politiques à grand renfort de « je vous épargnerai les chiffres c’est très technique » et de « laissons ça aux spécialistes » nous avons fini par croire que nous évoluons dans un monde bienveillant qui nous échappe.

Mais la « bienveillance » louée par Macron pendant toute sa campagne était en fait avant tout destinée aux grandes multinationales. Édouard Philippe l’a dit : il est de mauvais ton de critiquer les entreprises françaises qui réussissent. Il ne faut ni taper sur Sanofi et sa fabrique de pathologie psychiatrique (in utero) ni sur Total et ses explosions pyrotechniques (les toulousains comprendront)…

Aujourd’hui le maillage entre les cabinets financiers, les syndicats de grands patrons, les cercles de réflexions, les banques d’affaires et les ministères atteint une porosité jamais vue. Ce sont les patrons du CAC 40 qui font et défont les ministères, l’exemple Macron parle de lui même. Le seul contre-pouvoir du peuple, celui d’être représenté politiquement par certains de ses membres, ils l’ont pris.

Parce que c’est ça l’essence de la démocratie : un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir. Dans lequel les élus sont issus du peuple, pour le peuple. Nous devrions nous étrangler que les entreprises nous aient dépossédés de nos porte-paroles pour en faire les leurs.

Les élus, maires, ministres, députés ou présidents devraient avant tout être NOS politiques. C’est incroyable que d’associer « nos » à « politiques » laisse un goût de gerbe au fond de la gorge. Comment croire qu’une députée qui s’étouffe avec 5000 euros par mois représente la majorité des français ? !

Mais si finalement nos ministres avaient raison de refuser de dénigrer les entreprises qui « réussissent » (au moins financièrement) ? Ce que nous devrions mettre en lumière aujourd’hui, c’est la complicité du monde politique à leur égard. Il faut enfin pointer les bons coupables !

Le curseur de la réussite, dans nos pays industrialisés, devrait être social plus que financier. C’est à minima ce que devrait porter ceux qui sont censés nous représenter. Mais comment le croire encore ? Il suffit de voir ce que sont devenus nos services (anciennement) publics, dont l’état avait pourtant la pleine gestion.

Aujourd’hui aucun service n’a plus lieu d’être s’il n’est pas rentable. C’est ce que font Sosh, Orange Bank ou encore La Poste avec tous ses automates et ses opérations en ligne. On apprend aux consommateurs que le service ne doit plus être rendu mais opéré par ses soins ou facturé. La technique est tellement rodée que pour Orange Bank le produit de base (le compte) est gratuit, la facturation du service qui en découle rend à elle seule l’opération rentable.

A travers ces mécanismes, on détruit donc la notion de service (public mais pas que…), on éduque les gens à payer pour. Ce qui est gracieux n’est plus la norme, les points d’accueil EDF, Véolia et compagnie ferment au profit d’un accueil téléphonique qui se veut soit robotisé soit surfacturé. On est dans les institutions françaises comme dans les grandes multinationales : « solidarité » a été remplacé par « recouvrement ». Et vous doutiez de la porosité ?

Si ce n’est pas les hommes politiques qui dirigent les grands groupes ils sont au moins coupables de négligence, ne serait ce que par attentisme, quand ce n’est pas directement de complicité. Ce n’est pas la loi sur le secret des affaires ou la défunte loi sur l’évasion fiscale qui diront le contraire.

Alors pourquoi nous, les français, on ne s’exprime pas ? Pourquoi on ne se réveille pas face à l’injustice ? Pourquoi les révoltes, même en herbe, mêmes locales, n’éclatent pas ? Pourquoi ceux qui osent témoigner le font à visage caché, à la marge ?

Parce qu’aujourd’hui nous avons peur  : du chômage, d’encore plus de misère, des sanctions… Et nous avons un peu honte aussi : de dire qu’on est viré, qu’on est exploité au travail, sous-payé, pas respecté ou même syndiqué. Mieux vaut prétexter ne pas connaître ses droits plutôt que d’avoir à les défendre.

Comme c’est le cas dans d’autres affaires, la honte doit changer de camp ! Si les classes moyennes, les classes populaires se sentent invisibles c’est parce qu’elles se rendent elles même invisibles, préférant éviter de faire des vagues. Mais nous ne devrions pas ressentir ça. La députée LREM n’avait pourtant pas honte d’affirmer, dans la presse, devoir se serrer la ceinture pour vivre avec 5000 euros.

Alors finalement qu’est ce qui nous manque aujourd’hui ? Ne serait-ce que pour oser dénoncer ce qui nous touche dans l’entreprise, dans la société ? Il nous faut une étincelle ! Pas une étincelle pyrotechnique, de révolte, de pédagogie ou même de génie mais déjà, en guise de premier pas, une étincelle d’assurance !

Oser ! Oser même en ne détenant qu’une partie des armes oratoires, idéologiques, culturelles mais surtout oser. Oser s’exprimer, s’affirmer, dire ce qui nous touche ou même se montrer ! Ne pas avoir honte de ce que nous portons, arrêter de se sentir au dessous d’une élite qui a mis des années à nous ranger dans cette case.

Ce sentiment d’infériorité qui apparaît quand on est face à un beau costard, un mec sur de lui, un chef tyrannique avec une très grande bouche ou un élu avec un très grand mépris, doit s’effacer pour laisser la place à autre chose. Alors si, au lieu de m’apporter des scandales médiatiques à 2 balles, le père noël pouvait faire un truc utile cette année il ferait prendre conscience à toute cette partie de la population méprisée par les politiques qu’ils sont des hommes comme eux. Qu’ils peuvent s’adresser à eux en égal : la tête levé, le torse bombé et la voie (même un peu tremblotante) qui n’a pas peur de s’élever pour leur administrer un vrai traitement de cheval, à eux avec leurs costumes, et guérir leur profond problème de déconnexion.

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