Libre expression : plate-forme, quête de sens, bénévolat : quel monde demain ?

Tout est partie d’une drôle de prise de parole lancée en débat au syndicat :

A cause des nouvelles plate-formes collaboratives, cette année les hôtels et les campings n’ont pas fonctionné comme avant. C’est un désastre pour l’emploi saisonnier dans la vallée.

Bon j’avoue ce n’est pas drôle mais ça a mis en place une drôle de mécanique dans ma tête…

Les plate-formes contre l’individualisme ?

C’est peut-être vrai que ces plate-formes ralentissent le fonctionnement des établissements touristiques… Elles détruisent des emplois ? Peut-être aussi… Mais faut-il pour autant les flageller ?

J’ose le dire, pour moi il y a du vertueux dans ces systèmes ! Attention, avant de recevoir le courroux et l’argumentaire anti-ubérisation, anti-plate-forme, je précise : ma sympathie va vers les VRAIES plate-formes collaboratives. Celles qui présentent une alternative aux modèles prédateurs exploités à fond par les Air B & B et autres Blablacar. Celles qui mettent en relation de vrais particuliers, sans ponctionner au passage une commission exorbitante sur le coup de la transaction.

Et il en existe plus d’une : de roulezmalin pour covoiturer à Switchome.org pour échanger sa maison en passant par lamachineduvoisin pour laver son linge, elles ont pour vocation de créer du lien entre les individus en échangeant biens ou services. Alors où est le mal de ces sites ? Quels problèmes trouve-t-on à avoir enfin accès à des systèmes qui nous permettent de vivre, échanger, voyager et même consommer sans alimenter au passage le capital ?

Quel soucis à laisser un backpacker dormir sur mon canapé si j’en ai envie et si en bonus ça ne met pas d’argent dans les poches du géant Holiday Inn (socialement à chier et en plus écologiquement à repenser) ?

En plus de permettre une « économie » alternative, ces plate-formes sont basées sur la coopération, elles ont le mérite de créer de l’échange, du lien, du contact entre les gens. Et si elles effleuraient du doigt ce que nous tentons de faire en tant que syndicat depuis des années : ramener de l’humain, du collectif là ou il n’y avait que consumérisme et individualisme, le tout au détriment du capital ?

Alors je dis « Oui », j’ose prôner le bien fondé des vrais plate-formes d’échanges et tant pis si on les accuse de tout et particulièrement de détruire des emplois, surtout d’hypothétiques emplois saisonniers à la con, à la « 70 heures par semaine », à la « mets toi tes droits et tes heures sup. où je pense » !

Vous avez dit « emploi de qualité » ?

Car finalement la question à se poser est la : doit-on mettre l’emploi avant tout et comment cela s’articule avec nos aspirations politiques, écologiques et sociales ? Parce que pour moi, le plein emploi des années 60 : en mode tous à l’usine, « youpi faisons les 3×8 jusqu’à mourir sur la chaîne » n’est pas un but.

Le monde dont je rêve et pour lequel je milite tous les jours c’est un monde où l’emploi n’est pas un but en soit, un monde où les liens priment, où l’Humain (avec un grand H ) est connecté avec la nature qui l’entoure et surtout à l’autre et aux autres. Et c’est aussi à ça que le travail doit amener.

Pas comme une ressource brute à se partager entre tous (peu importe ce qu’on partage et comment) mais comme vecteur d’épanouissement et de liens. Parce que pour moi un emploi de qualité est un emploi qui me permette de m’enrichir (humainement), d’avoir du temps, d’être en accord avec mon éthique et d’apporter à la société.

Rien à voir avec l’ambition de produire des merdes pour le capital à longueur de journée.

Et c’est cette absence de nuance ou de débat sur ce qui est un emploi de qualité aujourd’hui en 2018, qui pousse certains à aller montrer du doigt les gens qui font le choix de s’engager sur leurs temps pour répondre à ce que l’emploi ne leur apporte plus : une quête de sens. Les bénévoles.

Parce que si la chasse aux sorcières va jusque là, nous tous devons nous remettre en question. Car je vous l’annonce : aujourd’hui « joyeux bénévoles destructeurs d’emplois » nous le sommes tous. Pas dans la politique, pas dans l’associatif, pas même dans le militantisme mais simplement entant que consommateur, dans notre vie quotidienne.

Demain tous bénévoles ?

Non ? Mais qui n’a jamais scanné lui même ses articles à la caisse ? Qui n’a jamais pris ses billets de train ou de concert en ligne ? Qui n’a jamais télé-déclarer ses impôts ? De toute façon vous n’avez plus le choix. Qui n’a jamais ajuster son forfait mobile sur internet ?

Tous ces actes anodins, que nous faisons à longueur de journée sans le réaliser, sont des actes bénévoles. Nous faisons gratuitement et sans y être obligés des tâches qui, pourtant, incombaient avant à des salariés. Et tout ça au détriment de combien d’emplois ?

Alors finalement au lieu de pointer du doigt les plate-formes favorisant la collaboration et le partage, n’est ce pas ça que nous devons dénoncer ? Ne devrait-il pas être la notre cheval de bataille ? Éduquer, éveiller, montrer aux gens la multitude de petites taches gratuite qu’ils font pour de grandes multinationales et les actionnaires qui en tiennent les cordons de la bourse ?

Bien sur il n’est pas question de rouvrir les mines à charbon et de relancer les machines à vapeur mais demandons nous dans quel monde nous voulons vivre demain ? De quelle façon partager le travail et pour quel genre de travail se battre ?

Grande utopiste pour une fois, j’ose alors rêver d’un monde où mes enfants ne s’aliéneront pas au boulot mais auront aussi le temps libre pour se révéler, pour partager, échanger avec les autres et le monde dans lequel ils vivent (si il en reste quelque chose). Pas dans le soucis de répondre aux impératifs d’actionnaires et de grands patrons mais simplement pour vivre en ayant droit au bonheur de s’épanouir et d’Être.

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