8 mars : « journée de la femme »

Pour moi, si il y a bien une journée par an qui fait figure de connerie c’est la naïve et mielleuse journée de la femme. Coincée entre les journées de la baleine (19 février), de l’impro (4 mars), de la plomberie (11 mars) et du moineau (20 mars), elle déploie ses meilleurs arguments pour encourager les hommes à nous offrir moult produits de beauté et bouquets de tulipes sous peine de devoir supporter le lourd fardeau de la culpabilité à l’idée d’oser délaisser celle(s) qui partage(nt) leur vie.

Mais contrairement à ce qu’on lit sur les affiches des fleuristes et des grandes surfaces, le 8 mars n’est pas la chantante « journée de la femme » mais la « journée internationale des droits des femmes ».

Ô surprise, ce n’est pas juste une belle punchline qui permet aux bijoutiers d’écouler leurs arriérés de St Valentin mais bien un rappel historique des luttes féministes qui ont marqué l’Europe et les États-Unis. Ironiquement donc, en oubliant commodément la notion de droit on ramènerait presque la femme à sa position de produit.

A l’inverse, les néo-féministes exacerbées nous rêvent le poing en l’air, les seins à l’air, à chronométrer le temps de parole des hommes en réunion pour nous octroyer au moins un temps égal, non pas parce que ce qu’on dit est plus intéressant ou moins mais sous prétexte qu’on nous le devrait.

J’ai la naïveté de penser qu’être une femme aujourd’hui ce n’est pas avoir besoin qu’on nous offrent des places via des quotas imposés, siéger à 50 / 50 dans les conseils d’administration si c’est pour y rester les bras ballants à attendre qu’on nous accorde notre temps de parole.

Être une femme pour moi c’est savoir prendre sa place sans attendre qu’on nous en fasse grâce, s’imposer pas parce c’est un dût mais parce qu’on en vaut la peine et en aucun cas faire acte de présence pour atteindre le bon pourcentage de mixité sur une liste. S’éduquer, s’élever, s’émanciper et non attendre qu’on nous émancipe.

Alors non, pour être traitée avec les mêmes droits que les hommes une femme ne doit pas en devenir un mais prendre sa place à elle, dans toute sa diversité. Si Léa est bien dans sa jupe et qu’elle veut s’en servir pour conquérir le monde, qu’elle le fasse. Ce n’est pas le jour ou nous pisserons debout que nous aurons enfin l’égalité salariale !

Chez Orange par exemple, l’écart salarial est encore de 9 % entre les hommes et les femmes. Cet employeur si vertueux, reconnu par le Gender Equality-European International Standard en matière d’égalité des sexes et qui offrent des roses, le 8 mars, à ses techniciennes qu’il chérit tant, est encore bien loin du compte.

L’enquête du comité national de prévention du stress, qui interroge tous les salariés du groupe, montre par exemple que 28 % des femmes sont ignorées ou se voient empêchées de s’exprimer. Avec un comité exécutif composé à 25 % de femmes j’ose espérer qu’elles ne subissent pas le même sort. 220 personnes admettent subir actuellement du harcèlement sexuel, 548 reconnaissent l’avoir déjà subit par le passé et le taux de réponse à ces questions reste plus faible que les autres.

Mais il faut reconnaître à Orange que les initiatives en matière de mixité existent, comme dans le domaine technique : la classe des filles (oui, pas des femmes, des filles). Vous ne rêvez pas, nous ne nous sommes pas téléporté dans les années 50, on crée des classes rien que pour les filles où on les regroupe gentiment sous une étiquette toute mignonne avec la noble intention de faire découvrir le domaine technique aux jeunes femmes. Orange les embauche pour 2 ans, en apprentissage et sans garantis, ce qui leur permet déjà de se familiariser avec la joie du temps partiel et des salaires faibles.

En me disant tout ça, je ne change pas d’avis, cette journée m’emmerde. Sûrement parce que je ne pense pas que mon homme est fabuleux ou merveilleux parce qu’il passe le balais, fait la cuisine ou range le linge ni qu’une femme est une guerrière parce qu’elle change une ampoule ou manipule une perceuse.

Alors non, les femmes ne sont pas faites pour être juste couvées et chouchoutées, elles ne revendiquent pas de recevoir une rose une fois par an en regardant leur(s) homme(s) faire la vaisselle au nom de la sacro-sainte égalité. Ce que nous voulons est plus banal que ça : des salaires équivalents pour des compétences équivalentes, une vraie émancipation qui passe par un vrai accès égal au travail et surtout, en ce qui me concerne, qu’on me foute la paix avec cette connerie.

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