Encore une affaire de grand banditisme ? (VI)

En cette période de course effrénée à la présidentielle, la rubrique libre expression se veut le terrain idéal pour susciter le débat et pourquoi pas éveiller les consciences.

Alain Queyras, militant engagé et passionné, nous livre son analyse sur le monde et nos modèles de société. Une réflexion sur le sens de la vie, l’être humain, l’environnement, le travail et le partage des richesses… Autant de sujets qui devraient être au centre du débat politique et dont nous avons le devoir de nous emparer pour faire vivre la démocratie entre autres choses.

Son récit fleuve sera publié tous les jours pour vous laisser découvrir son analyse au fil des chapitres :


Pour régler en partie le problème de la dérive capitaliste, notre « ennemi de la finance » français ne devait-il pas faire séparer, au sein de chaque établissement, les banques de dépôts et les banques de spéculation ? Pudiquement appelées « banques d’affaires », elles ne servent qu’à enrichir les banques et en rien à l’économie réelle.

Sur les 8 000 Milliards d’euros de bilan cumulé des banques françaises, seulement 22 % sont prêtés à l’économie réelle, aux entreprises et aux ménages. Que sont les 78 % restant ? Des activités de spéculation, dites pudiquement « activités de marché ».

Ne déclamait-il pas cette promesse au Bourget : « Aucune activité de placement spéculatif ne pourra être financée à partir des dépôts des Français » ? Car en effet, nos petites économies servent la spéculation (de plus en plus aux mains de robots et algorithmes). Ce qui provoque des « mouvements erratiques du marché », que nos « ennemis successifs de la finance » subventionnent évidemment…

Les « crises » dues la spéculation ne manquent pas :

  • En mars 2000, « crise » due à l’éclatement de la bulle internet
  • En juillet 2007, aux US, « crise » des subprimes (prêts hypothécaires) qui s’est étendu au marché immobilier, pour ensuite provoquer la crise banquière et financière en l’automne 2008
  • En 2008, spéculation sur les denrées alimentaires provoquant des hausses de prix et des pénuries alimentaires : un des éléments déclencheurs du printemps arabe
  • À partir de mai 2009, début de la spéculation sur les dettes des pays européens, en particulier celles de la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, contribuant à des augmentations démentielles de la dette des états concernés et à l’enrichissement de la sphère financière

Les peuples « dérouillent » à chaque fois, de plus en plus fort et nous n’avons rien vécu face à ce qui se profile avec certitude.

Une autre affaire de grand banditisme : la dette des états. Il faut se rappeler qu’avant 1973, un état comme la France empruntait pour ses besoins à sa Banque Centrale. Par exemple, pour construire un hôpital, l’état empruntait 1 Milliard à sa banque centrale et lui en remboursait 1 Milliard, un simple jeu d’écriture devenant nul au terme du remboursement. Il pouvait également emprunter aux français à un taux qu’il fixait pour la récolte et rémunération de l’épargne.

Pompidou, ex de la banque Rothschild, décréta avec ses députés que dorénavant la Banque de France ne pouvait plus prêter à l’État et que les emprunts de notre état transiteraient obligatoirement par les banques. Ainsi, la banque Rothschild se finança le lendemain auprès de la banque de France et prêta à la France et, cela étant le but, avec un taux d’intérêt.

En 2010, si mes souvenirs sont bons, la dette publique était composée de 194 Milliards de vraie dette et de 1400 Milliards d’intérêts de la dette. Le remboursement de la dette se dispute bon an mal an au fonctionnement de l’enseignement scolaire, premier poste du budget de l’état (environ 45 Milliards).

L’art de s’enrichir sans rien faire ! Mais ne devient pas rentier qui veut… Elle n’est pas belle la corruption de nos « élites » pour l’éducatif de la morale du peuple ? Bien entendu, la BCE pratique de même, aujourd’hui, au niveau de l’Europe après avoir interdit à tous les pays de se servir auprès de leur banque centrale (traité de Lisbonne).

Encore une affaire de grand banditisme ? Après les révélations de fraude fiscale organisée par l’état du Luxembourg (affaires Luxleaks), le piratage du cabinet « d’affaire » panaméen Mossack-Fonseca par un homme, resté anonyme et on comprend aisément la raison au regard du sort réservé aux lanceurs d’alertes, nous révèle au travers de 11,5 Millions de fichiers, 200 000 noms d’entreprises, de fondations et de particuliers concernés par l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent dans le monde.

Cet anonyme permettra la consultation de ses fichiers à la rédaction de plusieurs organes de presse majeurs dans le monde qui choisiront de ne pas les exploiter. Normal. Un consortium de journalistes indépendants se chargera alors, dans le plus grand secret, de consulter ces documents et de dévoiler l’affaire.

On apprend ainsi qu’en France, la Société Générale en particulier (et la BNP), est au cœur de l’évasion fiscale et du blanchiment de l’argent pour sa clientèle française. Elle ouvrira avec le cabinet d’affaire cité presque 1 millier de sociétés écrans dans divers paradis fiscaux.

Son PDG, Oudea, pris par une commission sénatoriale, du délit de mensonges, ne sera pas inquiété par une plainte en justice du sénat. Normal et il est vrai qu’il y avait mieux. En effet, cette banque ayant perdu 5 Milliards dans ces activités de spéculation trouvera son bouc émissaire en Kerviel et percevra de l’état 2,2 milliards de crédit d’impôt. Et cela sans attendre le moindre rendu de justice d’une affaire toujours en cours, par simple décision de Fillion, Lagarde et Woerth !

En 2016, la Société Générale offrira 2,2 € par action (rendement 5,31%) soit 1.777 Milliards à ses actionnaires, soit une augmentation de 10%. Normal…

Cette affaire de grand banditisme révélée au grand jour ne concerne pourtant qu’un seul cabinet d’affaire sur les innombrables existants. Après Luxleaks, ces révélations ne sont que la tête de l’iceberg de l’institutionnalisation de la fraude fiscale et du blanchiment d’argent dans le monde et l’on ne peut qu’admirer la croisade, la guerre intense, résolue, acharnée que mène nos « démocraties » contre les paradis fiscaux… Normal.

Absolument aucun responsable et dirigeant des banques rongées par leur cupidité et agissements cyniques ne sera inquiété par une moindre plainte de Bercy et de nos aimables représentants au gouvernement. Le délit de vol de l’État, n’existe pas pour ces personnages. Normal.

Ah… austérité, rigueur, quand tu nous tiens…

Faut-il encore dénoncer leurs enrichissements personnels, la corruption et l’absence de morale de nos hommes politiques ? Les affaires (Caseneuve, Guaino, Thouvenot, Juppe, Chirac, Sarkozy, Woerth, Lagarde, Fillon, LePen et j’en passe) ne sont la aussi que la partie émergée de l’iceberg.

La dernière en date connue : Fillion, ex premier ministre, député sans profession déclarée et employeur familial généreux, correspondant à un dur labeur que nécessite moins de 12% de présence à la chambre des députés.

Le Canard Enchaîne dévoile des revenus tirés d’un double emploi avec son cabinet de conseil (plus d’1 000 000 € en 2 ans) et en particulier avec AXA (200 000 €) multinationale N° 1 de l’assurance privée dans le monde. Est-il vraiment étonnant de constater que son ex PDG, qui se fend d’un soutien énergique à notre Fillion, est pressenti comme futur ministre dans un programme où l’accélération du démantèlement de la Sécurité Sociale est pour le moins officiellement prévu et annoncé.

Cette affaire a déclenché la panique chez les zélés. Ainsi, en catimini, quelques jours après les révélations de ce scandale, les députés de droites, socialistes et du « centre » ont voté précipitamment et unanimement, non pas une loi moralisant leurs délits, mais une loi de prescription de tous ces derniers !

Ainsi, les enquêteurs seront grandement limités dans leurs enquêtes ce qui ne permettra plus d’éclairer la société sur leurs agissements comme dans l’affaire Fillion. Agissements remarquables de morale, d’esprit républicain et forts utiles à leur train de vie quotidien… Il est, paraît-il, vrai que la raison fondatrice de cette loi est la saturation des prisons ! Il serait étonnant que les fonctionnaires de justice, les juges ne soient pas mis une nouvelle fois au banc des accusés. L’état de droit reste une source « d’emmerdement » pour cette « élite ».

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