Les hommes de mains (V)

En cette période de course effrénée à la présidentielle, la rubrique libre expression se veut le terrain idéal pour susciter le débat et pourquoi pas éveiller les consciences.

Alain Queyras, militant engagé et passionné, nous livre son analyse sur le monde et nos modèles de société. Une réflexion sur le sens de la vie, l’être humain, l’environnement, le travail et le partage des richesses… Autant de sujets qui devraient être au centre du débat politique et dont nous avons le devoir de nous emparer pour faire vivre la démocratie entre autres choses.

Son récit fleuve sera publié tous les jours pour vous laisser découvrir son analyse au fil des chapitres :


Le Parti socialiste français, qui est centenaire, n’a plus que le nom de socialiste. Depuis 1983, il s’est trahi pour devenir social-démocrate dont l’essence même est un réformisme de principe. Réformisme qui reste toujours prompt à emboîter le pas de l’ordre établi, voir celui de la barbarie, avec l’illusion que l’on peut pactiser avec le diable.

Jospin d’abord, arrivé au pouvoir en 97 avec un programme dit de gauche, dira en 2002 : « mon projet n’est pas socialiste ». Hollande, lui, terminera la métamorphose en larguant par-dessus bord tous les bagages de la gauche et basculera complètement de l’autre côté où même le réformisme n’a plus sa place.

« L’ennemi de la finance », promouvant quatorze millionnaires comme ministres, distribuant quelques Milliards au patronat (CICE), faisant promulguer les lois Macron, la démolition du code du travail, activant la vente d’armes (la France est devenue 2éme marchands du monde), bombardant en Syrie, s’agenouillant devant l’Arabie, devant Israel, devant Merckel…

Il n’est plus à genoux, il rampe en bascule sur son petit bedon, tenant néanmoins une promesse non dite depuis 30 ans en prodiguant une « politique d’austérité ». Non ! Cette expression est de droite, une « politique de rigueur » à tous ses concitoyens.

Au fils de ces changements ce parti est devenu corrompu. Par exemple, Hollande s’appuyant sur Jean Pierre Jouyet, lié par mariage au champagne Taittinger (dont le témoin de mariage fut Hollande…). Cet homme a été directeur de la banque Barclays, puis secrétaire d’état sous Sarkozy.

Naturellement il devient, sous Hollande, en 2012, directeur de la Banque Publique d’Investissement (BPI). Il est à remarquer qu’il accordera aux hauts fonctionnaires de cette banque la distribution gratuite d’actions d’une valeur de 7,2 Millions d’euros au passage… En 2014 il sera nommé secrétaire d’état à la présidence de la république. Un conseiller présidentiel qui prône entre autre « davantage de flexibilité et des boulots pas forcément payés au Smic ». Proche d’Emmanuel Macron, ex banquier d’affaire chez Rothschild, il lui fera intégrer le cabinet d’Hollande, qui le nommera par la suite Ministre de l’économie.

Mon exemple n’est pas terminé, Macron, devenu Ministre de l’économie sera remplacé en tant que conseiller économique de Hollande par Laurence Boone, membre du Cercle des économistes (l’un des cénacles mondains et parisiens de la pensée unique), chef économiste chez Bank of America Merrill Lynch, puis dans le groupe du milliardaire François Pinault (PPR, récemment décoré de la légion d’honneur) qui estimait que le Président n’en faisait pas assez en faveur des milieux patronaux.

La porosité très forte, la collusion entre le milieu socialiste et l’oligarchie sont à n’en pas douter de la corruption entre petits cochons. Les « socialistes » font aussi bien que la droite. Cela me fait sourire quand j’entends les médias, mais aussi les militants socialistes, ceux de la CFDT, continuer de donner le vocable de « gauche » à ce parti. Il est vrai que leur fond de commerce, qui a été un anti-communiste primaire, est aujourd’hui de faire croire que le front de gauche est trop extrême, trop radical ou malthusien.

A mon sens, le vote sur Hamon n’est que l’expression d’un râle dans lequel se sont jetés les socialistes de base qui n’ont pas compris où accepté les changements intervenus au sein de ce parti. Il en sera bien différent avec les zélés élus du PS qui feront encore une fois fi du vote de leur primaire pour se tourner, comme d’ailleurs les zélés élus de droite avec l’affaire Fillion, vers l’ex banquier de Rothschild Macron, choisi et désigné par l’oligarchie pour ce tour électoral.

Au niveau de l’Europe, la situation politico-économique a le seul mérite d’être claire avec le traité de Lisbonne : un traité ultra-libéral amenant un capitalisme sauvage et débridé.

Ainsi, il n’est pas étonnant qu’ai été nommé, et non pas élu, Président de la Commission Européenne un serviteur zélé : Junker, ancien Premier Ministre du Luxembourg, paradis fiscale par excellence. Ce pays dont la justice a condamnée à la prison un lanceur d’alerte et deux journalistes (affaires Luxleaks) pour avoir révélé l’ampleur de la fraude fiscale effectuées par les multinationales avec le Luxembourg.

Il est à noter que Junker, comme ses collègues, refuse l’harmonie fiscale, prônent l’austérité, « oubli » l’Europe sociale et j’en passe. La fraude fiscale des multinationales est estimée pour l’Europe à plus de 1000 Milliards chaque année (la France de 80 à 100). Elle est, paraît-il, utile à payer entre autres le lobbying effréné auprès de ces zélés pour éviter toutes dérives possible d’un d’entre eux devenu fou (30 000 personnes à Bruxelles)…

Faut-il s’étonner encore que Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) soit l’ancien responsable du secteur Europe de la banque Goldman Sachs, qui à trafiqué avec le parti socialiste grec, les comptes de ce pays. Trump n’a-t-il pas nommé une demi-douzaine de personnes liées à la banque Goldman Sachs à des fonctions importantes et essentielles au sein de son administration ?

Goldman Sachs, grandement partie prenante de la « crise » des subprimes (Prêts hypothécaires à des taux progressifs cachés à des citoyens américains à peine solvables avec un taux fixes). Elle n’en sera pas affectée, ayant revendu « astucieusement » ces prêts hypothécaires à d’autres institutions financières voraces des taux d’intérêts proposés. Cette opération de grand banditisme, fut appelée pudiquement « crise » par la sphère médiatique et économique zélées.

« Crise » qui précipitera des centaines de millions de personnes du monde dans la ruine, la misère et la précarité. « Crise » qui, par un élan fougueux de générosité compatissante des zélés, dopera, avec un surcroît d’endettement, la dette des états payants les pertes du système bancaire privé. « Crise » ou la sphère financière privée peut prêter immédiatement aux états avec intérêts, mais reste incapable de comblée ses propres dettes.

Ainsi, après se fait voler quotidiennement, les peuples donnent aussi aux riches Est-ce vraiment un scoop dans ce monde ? Nos sociétés étant organisées autour du dogme capitaliste avec pour règle unique «la concurrence libre et non faussée ». Le « marché » et « sa main invisible » réglant seul « tout ce qui bouge » sur la planète, dans cette « crise », il me semblerait voir deux scoops :

  • Comme nous le dit ce cher Daniel Cohen, économiste surmédiatisé enseignant et employé de la banque Lazare : cette « crise » et ses conséquences désastreuses et multiples pour les peuples seraient dues à des « mouvements erratiques du marché ».

Comment donc, mon cher Daniel, la main invisible serait donc perfectible ? Le marché aurait perdu sa boussole et connaîtrait des pulsions sporadiques incontrôlables ? Tiens, tiens, mon cher Daniel, c’est nouveau ça ! Je comprends que vous n’ayez rien vu venir, comme d’habitude… Vous enseignez pourtant une certaine science économique à l’E.N.S ?Dites-moi, vous êtes un adepte inconditionnelle de la main invisible, je vous soupçonne d’un léger intégrisme. Ah non… Car vous êtes également directeur de recherche au CNRS. Oulàlà, vous cherchez ! Hé oui, forcément çà ouvre l’esprit.

Dites-moi, dans votre quête vous avez certainement sondé au plus profond les entrailles du marché, auriez-vous vu par hasard s‘il va arrêter et inverser le changement climatique en cour, dépolluer l’air, remplir les océans de poissons, nous fournir du pétrole pour l’éternité, un petit portable pour moi et pour ma belle-mère ? (D’accord, je retire le portable)

Ah, je sens une certaine hésitation chez vous, une petite suggestion pour aider (si vous vous ne moquez pas ma naïveté) : ne devrions-nous pas nous mettre à genoux et prier Marché pour attirer sa bienveillance ? Vous semblez y réfléchir, c’est vrai que vous avez déjà eu une vrai révélation pour Marché. Pensez quand même qu’Il y a déjà pas mal de Dieu en service et que Marché n’est hélas pas bien connu…

Si on peut avoir la participation du 1%, les zélés de service aux ordres et quelques idiots, on sera trop peu nombreux pour avoir un peu d’efficacité. Je vous vois silencieux, vous sens perplexe… Par hasard, ne pensez-vous pas à votre pouvoir de persuasion médiatique, d’autant que les portes vous sont largement ouvertes ?! Ah, il me semblait bien, je sens parfaitement là l’homme altruiste qui sommeillait en vous et votre science, vous l’abandonnez ?

Ah bon, ce n’est pas une science exacte, pourtant à la télévision… Bon, pas grave, votre métier aussi vous l’abandonnez ? C’est vrai, je suis distrait, vous allez devenir le pape de Marché. Ah non ? Carrément le Messie de Marché, Messie Daniel, holà ! Ça en jette ça ! Daniel assis à la droite de Marchais. Excusez-moi, je corrige : Marché.

Marché vous enverra sa main invisible vous soutenir, vous guider dans votre nouvelle mission d’évangélisation. Oulàlà, qu’il est fort, il est miraculeux, je comprends là toute la profondeur de votre dévotion vécue. Ainsi, vous allez passer du prosélytisme artisanal à l’industriel. Maître, je vous sens fougueux mais puis-je, Grand Maître, quelque peu tempérer votre enthousiasme ?

Il est difficile de toucher ceux que Marché a oubliés et qui ont faim et soif, leurs préoccupations quotidiennes sont ailleurs, un peu plus primaires. Ah bien sûr, oui, oui, c’est leur Dieu qui les a puni…

Ah bon je suis parti dans un monologue ? Je divague, j’en étais à mon 2éme scoop :

  • Ces « mouvements erratiques » du marché et de la « main invisible » ont entraîné, à l’évidence, une fracture dans ce dogme. En effet, ce dogme qui trouve hideux et effroyable le moindre soupçon d’idée sociale à permis néanmoins aux états, par leurs interventions, de socialiser la dette de la sphère financière privée (US 700 Milliards ; Europe plan de secours 750 Milliards).

Ce gros mot, cette grossièreté, surtout aux US, serait-elle le signe que nous aurions dépassé enfin le dogme capitaliste comme Marx le prévoyait, Keynes le souhaitait ? On est en droit de s’interroger.

Cette nouvelle, ce scoop, cette bombe aurait dû faire la une des médias du monde entier : « Le socialisme touche les US ». En fait ce n’était qu’une entorse, une légère perversion du système, une exception qui confirme la règle. Ce ne fut pas un scoop, pas même une nouvelle. Ce n’était Rien.

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