Gilet jauneras ou gilet jauneras pas ? – Rapport d’intro de la comission exécutive de novembre

Une fois n’est pas coutume, ce mois-ci Philippe Assaiante, secrétaire général de la Fapt 05, laisse sa plume à Alexandra Pourroy qui nous livre un rapport d’introduction plein d’humour.


Voilà 2 comission exécutives que je ne peux être avec vous, alors j’avoue, je me suis un peu déconnectée de l’actu et de la politique… Mais ne vous inquiétez pas ! Avant de venir j’ai branché BFM pour me faire une séance de rattrapage.

En enfilant son gilet jaune – « Voilà je suis prête pour samedi !! Où est-ce qu’on se retrouve? »

Ben quoi ? C’est formidable !! Attendez, c’est un mouvement CITOYEN. Les gens à qui on demande de se rebeller contre ce système à la con et de penser par eux même depuis… (compte sur les doigts) 120 ans s’organisent enfin, vont prendre la rue, retourner les institutions, ramener de l’égalité, le « tous citoyens », l’humain avant tout, plus de pauvres, plus de riches, tous pareils… Non ?

Ça va, ça va, je vous entends déjà râler… Mais faut bien commencer quelque part… Le gazole c’est un début ! Comment je fais moi pour aller acheter mon pot de Nutella à Auchan le dimanche matin si mon réservoir est à sec ? Hein ?

Alors je vous entends encore râler : « Y a des fachos dans ce mouvement » mais arrêtez, il y aura surtout des fâchés ! Si demain le député RN de mon coin va protester contre la fermeture de l’usine qui fait bouffer toute la région, je fais quoi ?? Je m’indigne ? Je reste à la maison en me disant « Tiens, ils n’auront qu’à assembler des cailloux et les sucer pour bouffer ces sales prolos assembleurs de pièces en métal ! Ça leur apprendra à se laisser défendre par un facho ! »

On ne peut pas laisser le RN récupérer les colères qui sont celles de tous et qu’on essaie, nous, de mettre en branle depuis dans années.

Finalement, le seul truc qui va me manquer dans cette manif, entre propriétaire de gros pick-up en colère et pilote d’Audi excité, c’est un peu de questionnement… Parce que, attention, c’est vendu à l’avance, ça fait partie du package, c’est même ça qu’est bien : on ne vous demande pas de réfléchir. « On en a marre, on bloque ! »

Qu’est-ce que fait un bouchon dans un évier ? Il ne se demande pas pourquoi les cheveux de votre fille s’agglomèrent là, ni pourquoi les petites peaux des légumes sont passées au travers de la grille. Il en a marre, il fait son boulot de bouchon, il bouche. Ben la… c’est pareil !

Pourtant… Moi j’aime bien m’en poser des questions. Par exemple : Si on augmente les taxes pour être un bon élève auprès de Bruxelles et que la conséquence c’est que les pauvres seront tellement emmerdés qu’ils ne pourront plus prendre leur voiture… Est-ce que c’est les prendre pour des jambons d’appeler ça « écologie » ?

Il faut peut-être augmenter le prix des billets d’avion, quand les pauvres ne pourront plus voyager on appellera ça « Taxe écologique contre les pollutions du transport aérien ». Ou alors… Augmenter très très fort le prix du chauffage et quand les pauvres crèveront de froid on pourra les remercier de faire un « geste vert » !

Tiens, encore une question, moi j’en ai plein, j’aime bien ça : si ça demande du courage de gouverner, pourquoi le gouvernement, qui gouverne donc, en a juste assez pour culpabiliser les citoyens mais juste trop peu pour leur permettre de faire changer le monde en construisant des politiques d’état pour l’écologie, les transports en commun, le rail ou pour encourager les comportements vertueux ?

Ou tiens encore une : pourquoi les carburants des avions et des bateaux ne polluent pas ? Et pourquoi l’industrie, elle, ne pollue pas non plus ? Ben quoi, Macron l’a dit : « On taxe ce qui pollue. » Alors peut-être que ces grandes firmes pourraient nous expliquer comment elles font pour ne pas polluer alors que nous on le fait tout le temps !

Alors nous tous on se culpabilise : il a fait chaud cet été, Mamie est morte de la canicule, les mecs de l’Aude ont pris des cours de natation en accéléré… Ça n’a même plus la décence de rester dans les autres pays, là-bas, à chaille… Et le pire c’est qu’on ne peut rien y faire.

Ah tiens, encore une question : pourquoi un gouvernement qui ne veut que notre bien ferait tout pour nous faire nous sentir tellement impuissant qu’on a plus que la force de courber l’échine et d’accepter ce qui se passe ?

Bon… Avec tout ce découragement, mon cri du cœur d’aujourd’hui sera de me dire que j’ai plus de décence que le bouchon de mon évier. Et puis surtout, le jaune ça ne me va pas de toute façon.

Retire son gilet jaune pour enfiler son gilet rouge > « Je crois que je préfère le rouge

Je ne serai pas aux blocages de samedi. Déjà, parce qu’il y a de la neige et que j’ai ski. Ben quoi ?? Moi aussi, pour une fois je m’accorde le droit aux excuses connes pour ne pas aller en manif. Et ensuite parce que même si le fait que pleins de gens très fâchés se réunissent est formidable, je ne partage pas cette colère qui refuse de s’interroger sur le pourquoi et le comment.

Quelqu’un auquel je tiens beaucoup m’a très justement rétorqué : « Justement, elle n’est pas là notre place ? En être, en tant que citoyen, pour éclairer les lanternes, ramener du fond, du débat ! » Peut-être… et justement je mets la question au débat…

Si il y a deux choses que je veux apprendre de cette mobilisation c’est que :

1. Un des motifs de l’engouement populaire autour de ce mouvement est qu’il est citoyen. « Pas de syndicat ou de parti aux manettes, ça rassure ». Et là, on pourrait choisir de pester, râler et de s’offusquer : on maîtrise tout ça à la CGT. Ou on pourrait choisir de se poser encore une question : « Pourquoi ? » Parce que ce n’est pas la première fois qu’on assiste à cette volonté qu’ont les gens de s’organiser « hors organisations ». Et, à mon sens, ça doit nous faire nous remettre en cause. Pas nous en tant qu’individu mais nous en tant qu’organisation syndicale.
2. Malgré cette défiance, les gens étouffent sous le couvercle d’impuissance que les gouvernements successifs ont placé là depuis des années et ils ont de plus en plus besoin de s’exprimer.

Maintenant, la limite que je mets à tout ça c’est qu’au bout d’un moment gueuler ça ne suffit plus. Et gueuler ça n’a jamais amené ni de l’espoir ni des perspectives. A part celle que les secours vous retrouvent si vous vous êtes perdus dans les bois en courant après Rox, le Terre-Neuve du voisin et que vous vous retrouvez cerné par des chasseurs en plein milieu d’une battue aux VTTistes.

Ce qui sera peut-être la limite de ce mouvement doit être notre force : nous avons des vœux pour cette société, nous portons un « autre chose », des perspectives, de l’avenir.

On entend trop souvent que c’est fini, qu’il n’y a plus de clivage gauche / droite (« Regardez, regardez, ils vont bloquer ensemble, hooo c’est pas beau »). Ce que je vois aujourd’hui c’est que c’est vrai : nous avons un point commun, nous sommes conscients qu’il y a des inégalités. Nous l’avons toujours été. La différence c’est qu’une partie des gens aspire à les creuser, avec l’espoir parfois déçu mais toujours tenace apparemment que c’est comme ça qu’ils trouveront enfin leur place de l’autre côté de la barrière et qu’ils pourront eux aussi s’y vautrer en pointant tous les autres à coups de « Moi je me suis fait tout seul ».

Quand l’autre partie (ça c’est nous), a compris que dans le monde qui est le nôtre la place de l’autre côté de la barrière est chère, qu’elle se gagnera au détriment des autres et que vu la taille du gâteau : réduire les inégalités permettrait d’en profiter tous.

Il est là, pour moi, le clivage gauche / droite et il est loin d’être mort.

Elle est donc là nôtre force, notre vision du monde elle est positive, tournée vers le partage, l’égalité, le lien aux autres et ce qu’on laissera de beauté dans ce monde à nos enfants. Le plus grand bourreau de ce monde ce n’est même pas le Capitalisme, l’économie de marché, c’est l’inconscience. Notre but ne doit pas être d’enfoncer des idées dans la tête des gens à grands coups de propagande mais simplement d’éveiller les consciences, d’aider chacun à penser par lui-même. À nous de garder en tête le « pourquoi » nous nous battons qu’on remplace trop souvent pas « contre qui » nous nous battons.

Gandhi disait : « Sois le changement que tu veux dans le monde ». Alors en cet automne radieux de soleil et de chaleur… ne soyons pas des militants aigris, frustrés, déçus, renfrognés, au bout du rouleau. Parce que notre raison de militer, c’est d’être « pour » de nouveaux paradigmes, pas seulement en tant qu’individus mais aussi en tant qu’organisation syndicale.

Et ce n’est pas encore gagné… J’ai voulu faire des recherches sur le Nouveau Statut du Travail Salarié pour commencer à travailler sur notre résolution de congrès qui vise à l’expliquer et à le faire vivre. Les derniers écrits sur le site de la confédération datent de 2009. Belle façon de mettre en avant les alternatives hein ?

En cette fin d’année ce n’est pas les occasions d’être dans les services, de continuer à échanger, à éduquer, à créer du débat qui vont manquer. Autour des élections à La Poste déjà, qui se rapprochent à grand pas et dont la campagne locale lancée la semaine dernière sur les réseaux sociaux marche fort au national.

Mais aussi autour des services où il se passe des choses et où nous sommes capables d’apporter une autre grille de lecture. Je pense notamment à Orange où le rouleau compresseur ARCQ est en train de supprimer 280 métiers et de créer des rois de la polyvalence dont pas un ne connaîtra son boulot mais où tous seront tous capables de faire les VRP pour leur poire en entretien. Il y a également la PASC où les changements sont déjà l’occasion de réinvestir les lieux.

Pour finir, j’ai pu dernièrement donner un coup de main à un syndicat régional pour une campagne d’élection et je tenais à valoriser et mettre en avant la qualité de vie qu’est la nôtre à la Fapt 05. C’est facile de regarder tout ce qu’il nous reste à accomplir et d’en oublier le travail déjà fait. Je suis heureuse aujourd’hui que nous puissions échanger et débattre avec ouverture et bienveillance ; et des avancées et prises de consciences qui ont été les nôtres ces dernières années.

Pour l’anecdote… alors qu’on travaillait sur un support de communication qui se voulait innovant donc épuré, moderne et surtout explicite, j’ai entendu, je vous donne le loto dans le désordre : « On dirait de la communication de la boîte, esthétiquement, une communication CGT doit ressembler à une communication CGT donc ne pas être jolie ». Mais aussi « Je ne compte pas changer mon texte, les gens n’ont qu’à s’élever au niveau pour comprendre ! Ce n’est pas à moi de me rendre accessible à eux. »

C’est vrai qu’on a des syndiqués tout le tour de la ceinture…

Je vous remercie tous, je vais encore un peu garder mon gilet rouge, je crois qu’on peut être doux avec nous, on est sur la bonne voie, nos idées sont belles et nos perspectives autres que se cailler le cul en gilet jaune pour le plaisir de polluer au rabais.

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